Brett Anderson à la Maroquinerie

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Dans ma tendre jeunesse, j’étais une « poppy’s hippy’s » avec une pointe de miss grunge, et quelques pincées de gothique juste ce qu’il faut pour un look tout en décalage et en contradiction avec les principes de vie inculqués par mes parents.

Afin d’être totalement cohérente avec mon image, j’écoutais tous les vieux vinyls de mon père (Woodstock en tête, les Doors, les Rolling Stones, Jimmy Hendrix, Patti Smith…), les incontournables groupes de Seattle et ses alentours (Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden…).
J’écoutais majoritairement du gros son, du lourd, avec plein de guitares saturées et des chanteurs aux voix hurlantes.

Dans ma thématique contradiction d’ado rebelle mais pas trop, j’aimais aussi les gentils groupes de Britt pop (Blur, Oasis, Pulp, ou Suede).
Avec le temps, certes, mes goûts musicaux se sont affinés, j’accepte désormais plus facilement le concessus musical et la « variétoche » comme je disais quand j’avais 17 ans. Mais, quand on a été élevée au son du Velvet Underground, de Bob Dylan et des Rolling Stones, dur, dur de changer complètement ses habitudes auditives.

Alors quand j’ai appris que Brett Anderson (Ex leader de Suede) se produisait à Paris, j’ai immédiatement ressorti ma vieille paire de Doc Martens violette et couru chercher ma place.

Je n’avais jamais été à la Maroquinerie mais un ami m’avait prévenue:
« Tu verras, tu seras sur ses genoux tellement la salle est petite et la scène basse. »

Et là, c’est vrai que je n’ai pas été déçue: Du haut de mes 1.60m, je n’ai rien manqué de la performance et ai profité des 2 heures de show (ou presque).

Avec sa veste cintrée de British gentleman, un jean brut et une chemise blanche entreouverte, Brett Anderson est arrivé avec la nonchallence et le détachement d’un Hugh Grant dans  » The Come Back ».

Il s’est immédiatement installé au piano et a enchainé les morceaux de son album solo « Wilderness »: Juste lui, un piano, une voix, une violoncelliste. Un son d’une pureté rare, une voix d’une profondeur hypnotisante et des textes beaux à faire pleurer le plus froid des coeurs de pierre.

Emmanuelle Seigner est ensuite venue le rejoindre tout simplement, sans fioriture, pour fredonner d’une voix hésitante et presque timide « Back to you » avant de repartir à peine l’air terminé et un merci laché du bout des lèvres.

Un autre acte s’annonce : Brett, sa guitare accoustique, sa violoncelliste et quelques airs entrainants de Suede revisités dans leur plus simple expression musicale, distillés avec pertinence et vigueur, le tout entrecoupé des mélodies suaves de son album solo éponyme.

Troisième acte: Une pause après une heure de live ininterrompu. Brett revient. Je me sens comme une petite souris dans le laboratoire d’un savant fou en pleine expérimentation. Il s’installe au piano. Aucun regard. Aucun mot. Aucune sensation de malaise. Un privilège d’être le témoin de cet instant intime.

Dernier acte: De retour sur son tabouret de bar, il enchaine à nouveau quelques grands standards de Suède à la guitare sèche, il éloigne le micro pour nous offrir le son brut de sa voix sans artifice, la foule reprend les choeurs.

Magique !!!

Emmanuelle Seigner revient de manière aussi brève et insaisissable.
Brett enchaine les titres entre piano et guitare.

Il s’en va quelques minutes avant de nous gratifier d’un « ENCORE » parce qu’on a été « trop gentil ce soir » selon ses propres dires et que se produire à Paris est « spécial » pour lui, pour sa dernière date européenne.

Quelques titres plus tard, il reprend la parole pour nous proposer de l’accompagner sur – spéciale dédicace à ses très vieux fans – « TRASH ». Un final digne de ce nom, tout en contraste, entre force de sa voix poussée au plus haut et douceur des arrangements minimalistes sur ce titre mythique.

Un set de près de 2 heures où se mêlent toutes les couleurs de la palette, toutes les émotions de cet écorché vif.
A coup sûr, le spectateur qui a eu la chance d’être là ne peut qu’être touché par cet instant de grâce.

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